vendredi 27 janvier 2012

Le Sud Est (Moncton NB) - 3 poèmes



(trois oeuvres du photographe Brian Branch)
  I
 
Ici, on parle peu et bas pour ne pas effrayer les pluviers siffleurs et les bécasseaux.

Ici, on mordille la lumière d'une dent savante mais modeste, pour en tester la saine persistance.

Ici, on laisse les fleuves choisir leurs titres, et à juste titre nous porter en aval ou en amont, selon.

Ici, les marais et les prées sont de vieilles parentes, vieilles gossipeuses, qui ont oublié jusqu'aux sources de leurs iniquités passées, à force d'aboîteaux.

Ici, on s'offre des mots tout apimpés en cadeau, tirés d'attiques à la valedrague, avec un rire franc.

Ici, on ne craint rien davantage que les fanatismes, ces feux de brousse, car la curée d'absolu n'est jamais sonnée.

Ici, on se salue d'emblée. Les départs et les adieux sont sans importance. Nul ne retient, rien ne force à rester.
Ici, on sourit et on se serre dans nos bras. Le cynisme n'a pas encore atteint nos rives.




  II

Aimer cette terre rouge à la manière de René Char

Aimer ces hommes rudes à la manière de Jean Genet

Aimer ces livres simples à la manière de J. L. Borges

Aimer, malgré les ténèbres intermittentes, en homme Cioran

Aimer les exils, les neiges et les oiseaux à la manière de Saint-John Perse

Aimer, toujours, aimer. Aimer. Et espérer.





III
Gisant seul dans mon bain, soakant dans le bonheur
Suave et languissant, 
Une éponge à la main, à Ponge faire honneur!
LeBlanc savon s'éveille et forme une salive...
Les mots de Gérald comme des bulles hors du temps.
Qui sentont bon.
Du Messiaen, doucement, s'élève, vers moulus.

Rien ne peut s'immiscer, sous les mots (mon émoi
Mérovingien), entre les Acadiens et moi :
Hiératique gisant, amoureux.
Nu comme à la fin, comme au commencement.





mardi 24 janvier 2012

Le bon docteur Ferron 2 - Noms de pays : le pays


Dans mon précédent billet, j'ai résumé les grandes lignes de la relation ambiguë, pour ne pas dire conflictuelle, entre Ferron et l'Acadie. Je me propose ici de parler plus précisément de la réception qu'il fit de l'oeuvre romanesque de l'historien acadien de Cap-Pelé, Régis Brun. Plusieurs thèmes vraiment intéressants sont soulevés par Ferron, et si son Acadie est slightly imaginaire (mais à quoi bon accuser un écrivain d'user de son imagination et de sa sensibilité, plutôt que d'un atlas et d'un dictionnaire, pour comprendre un pays, surtout un pays imaginaire comme l'est l'Acadie?), son affection pour le romancier Régis Brun est évident. Dans l'article Régis Brun ou le grand jeu, paru en 1975, le bon docteur Ferron nous plonge d'emblée dans la structure symbolique du roman : «Sur lés Borgitte, on trouve au début de tout la Grand-Borgitte. Partout on suit une maîtresse femme. C'est la grande Cétanne des Micmacs. C'est la Société de l'Assomption. Et puis survient la Sagouine. Maintenant c'est la Mariecomo.» (p. 194) Laissons à d'autres le soin de faire une analyse féministe de la chose (même si le sujet est vraiment intéressant). Tout de suite, il marque des éléments d'analogie, de comparaisons : l'influence des Micmacs, la puissance économique naissante des Acadiens grâce à la mutuelle l'Assomption, la formidable personnalité de Mme Maillet et de son personnage emblématique... Tout ça se tient. C'est le génie de Ferron d'avoir su lire entre les lignes de l'Histoire officielle pour dépister les véritables thèmes culturels de la Nouvelle Acadie.


D'ailleurs, dans un autre article, intitulé L'empremier de l'Acadie nouvelle, Ferron règle son compte à l'historiographie (québécoise autant qu'acadienne) en stipulant avec poésie et véhémence : «L'Ancienne [Acadie] est une sorte d'Atlantide qui, les aboiteaux rompus, a été submergée, trop profondément engloutie dans la mémoire acadienne pour qu'on l'y retrouve. C'est comme un souvenir mort. On l'évoque tout au plus. Quelques mots suffisent : Grand-Pré, Évangéline, des mots de départ et d'exil qui tombent à pic et ne font pas vraiment partie du discours acadien, car à cette Acadie-là on ne revient jamais. Les exilés de 1755 se sont regroupés ailleurs, fournissant au Québec un contingent considérable [...]» (p. 211) Reconnaissant que les déportés de 1755 se sont installés ailleurs, en particulier dans les Maritimes désormais britanniques, mais aussi au Québec (où on compte entre 500 000 et 1 million de descendants acadiens), Ferron souligne que les communautés nouvelles, irrémédiablement coupées de leurs modes de vie ancestraux, ont préservé ce souvenir douloureux tout en se bâtissant un nouvel horizon temporel : l'empremier. Cette notion est fondamentale pour comprendre comment les Acadies nouvelles ont réorganisé leur discours, leurs pratiques et leur conception du monde. Conception biblique, en phase avec leur atavisme religieux, d'une sortie (violente) du Jardin d'Éden, à jamais perdu, anhistorique, préhistorique, et d'une vie désormais industrieuse, pour ne pas dire industrielle, où le fameux «cent ans dans les bois» d'Antonine Maillet a servi d'incubateur à de nouveaux récits, de nouvelles mythologies, de nouvelles légendes et de nouvelles espérances.


«C'est à cette époque [entre 1758 et 1820], sur les pointes et les anses de la côte, que Régis Brun et Madame Antonine Maillet situent l'empremier qui, d'aussi loin que la tradition orale peut remonter, marque la reprise du discours acadien. Cet empremier, si précaire fut-il, reste primordial, antérieur à une organisation paroissiale qui, tout en occupant le devant de la scène, ne fera pas l'unanimité. Derrière, quelque peu cachés, subsisteront les irréductibles de l'empremier, du désordre et de la liberté que celui-ci favorisait, nonobstant ses misères. Entre eux et les paroissiens, bien-pensants par fonction, s'établit alors un conflit, c'est ce conflit qui a fourni au roman acadien son propos, sinon sa structure, avec un Régis Brun qui, dans la La Mariecomo, une taoèye [sic], c'est-à-dire une Acadienne qui a été la femme d'un sauvage [sic : un autochtone], prend nettement parti pour l'anarchie originaire contre le Village-de-l'Église, et une Antonine Maillet, moins absolue, qui tente de concilier les contraires, tout en montrant, elle aussi, une préférence pour le vieux fonds populaire, antérieur à la paroisse [...] Et c'est de l'excellente littérature. Le présent préside au passé. Il est probable que ce soit la dissolution sociale contemporaine qui donne sa force à l'anarchie qui régnait sur l'empremier de la nouvelle Acadie et garde leur actualité à ces deux écrivains, même s'ils s'inspirent d'un passé qui pourrait paraître à certains révolu.» (p. 212-213)

Le bon docteur Ferron, sensible à l'opposition entre le Village d'En Haut (la paroisse, les bons citoyens, les croyants et les modèles de vertu) et le Village d'En Bas (autour d'un noyau d'Amérindiens, ce sont les marginaux, les exclus, les fous et les pécheresses, qui servent de repoussoir et de spectacle édifiant, de lieu de débauche surtout, pour ceux d'En Haut), qu'il a mis en scène dans son roman Le Ciel de Québec, et qu'il dit avoir constaté pour la première fois lors d'un voyage à Fredericton, à la fin de la guerre, définit très précisément les différences d'intention et de portée des oeuvres contemporaines de Mme Maillet et de M. Brun. Alors que pour l'auteure de la Sagouine, les deux versants du village sont complémentaires et servent de contrepoids à la sourde animosité des Anglais, chez Régis Brun, on est dans la pure indépendance des deux zones conflictuelles : «Dans La Mariecomo, les bons à rien, les jeteurs de sorts, les sorciers, avec un Régis Brun qui, après avoir fait le précautionneux, se montre sous son vrai jour, intraitable, passent des simagrées à l'indépendance : ils s'autorisent d'eux-mêmes, se font fête seuls -- et que tout le Village-de-l'Église, les Anglais, les Québécois aillent au diable! Certes, on a déjà eu des conflits avec eux, mais ces conflits sont racontés au passé, incorporés au discours qui célèbre lés Borgitte. [...] Quand la Mariecomo dansera, sa grande jupe noire rapiécée toute déployée, il n'y aura pour graviter autour d'elle que le monde des Borgitte, rien que lui. Et c'est le grand moment, le moment de gloire du livre.» (p. 197) On sent que Ferron envie un peu cette liberté grande qu'ont les Acadiens, si longtemps isolés, si peu contrôlés par les autorités qui à la même époque régentaient le pays avec fanatisme (qu'on pense au rôle de l'Église au Québec, qu'on pense à la cruauté des fédéralistes envers les Métis de Louis Riel, etc.), de danser et de se faire «fête seuls».

Quant aux qualités littéraires de l'oeuvre de Régis Brun, Ferron souligne entre autre deux grands motifs. Le premier concerne les personnages, qui plongent dans le symbolisme autochtone pour devenir plus grands que nature et, par réverbération, grandir R. Brun lui-même : «Il y a des livres qui font rêver. La Mariecomo m'en dit plus que Régis Brun n'écrit. Il se classe parmi les auteurs dont il faut se défier. Un de ses personnages se nomme Gros Pied. Vous le croyez stupide et empoté. Voici qu'il survient : "La porte d'en dehors s'ouvrit, Gros Pied entra." Un sujet, un verbe, il est déjà dedans : on ne saurait entrer plus vite. Là-dessus, si l'on se rappelle que la Mariecomo est une taoèye [sic], la culture amérindienne me suggère que le pataud, le mal dégrossi, l'ours que l'Européen se plait à voir en cage, est pour le Micmac un compagnon merveilleux, plantigrade et omnivore comme l'homme, d'une agilité surprenante. [...] Si, derrière Gros Pied, se profile l'ours mythique, on peut aller plus loin et se dire, lorsqu'on se nomme Régis Brun, qu'on ne saurait avoir d'autre totem que l'ours.» L'intelligence de l'auteur, que Ferron dévoile, c'est d'avoir, par une richesse d'expression et surtout un grand souci d'authenticité, suggéré tout un maillage, à peine visible à l'oeil nu, de références et d'évocations qui se répercute sur lui-même. Le second motif est celui de l'engagement de l'auteur par rapport à ses personnages, à ce qu'ils représentent : «Et voici autre chose : l'oeuvre a pour Régis Brun un tout autre sens que pour Antonine Maillet. Il y est présent, terriblement présent. Bien d'autres personnages le représentent que Gros Pied, hommes de savoir et de sagesse qui, comme lui, ont tout sacrifié pour les Borgitte. Toutes les histoires qu'il raconte, qui sont belles mais ont déjà eu lieu, il leur garde justesse et actualité. Certes il est resté fidèle à la loi acadienne, se tenant derrière la femme tutélaire, il a de plus un dessein. Il n'est pas le champion du passé, mais un fabriquant d'avenir. [...] Que je sache, c'est Régis Brun qui assure la suite et la continuité. Il joue le grand jeu. Si La Mariecomo est un testament, il convient de se rappeler que souvent un testament, loin de mettre fin à une époque, en commence une autre.» (p. 195-196) En racontant la veillée sur lés Borgitte où la Mariecomo fait son apparition, en choisissant de les laisser à eux-mêmes, de les respecter en tant que tels, de les faire vivre à leur mesure, en leurs propres termes, la vie qu'ils mènent et que d'autres condamnent, Régis Brun prend fait et cause pour une certaine organisation sociale que seule l'anarchie et la liberté de l'empremier ont pu susciter, et que les conditions économiques, et que les idéologies, et que les aléas de l'Histoire, tentent par tous les moyens d'endiguer, de réprimer, de démoniser ou de maintenir sous le joug de la misère. Au lieu d'idéaliser un passé ou un certain âge d'or, Brun s'en prend directement à son propre temps, à sa propre époque. Sous prétexte de témoigner du passé, il annonce un avenir possible.  

«En d'autres termes, Monsieur Régis Brun est un auteur dangereux pour tout le monde et pour lui-même. [...] Pensez-vous que l'université va lui faire une apothéose et que dans les chars de la Sécurité la sédition fera son entrée sur le campus? J'en doute fort et Régis Brun ne semble pas y compter beaucoup. Il n'y tiendrait pas du tout que je ne serais pas surpris.» (p. 196)

Alors que le folklore est une certaine masse hétéroclite de contenus qui s'accumule dans le temps, et où vont farfouiller et piger les nostalgiques en tout genre, Jacques Ferron perce à jour les vraies intentions de Régis Brun. On croirait à première lecture que La Mariecomo est un roman du terroir, un roman folklorique et traditionnel. On se tromperait totalement! Car : « Tel me semble le grand dessein de Régis Brun. Seul lui importe le salut du monde. Et l'Acadie? L'Acadie n'est rien de plus qu'une voie entre d'autres pour y mener. Encore n'en garde-t-il que la plus démunie, la plus libre, la plus fantasque, l'Acadie sur lés Borgitte. Conséquent, il s'y serait installé dans un shack. Le restant, il le rejette comme si l'Acadie, à loyer au Nouveau-Brunswick, n'avait pas besoin de tous ses morceaux pour rester l'Acadie. Mais voilà, l'Acadie n'est pas la fin du monde pour lui. Son propos cache l'universalité de son dessein. » (p. 198) Évidemment, certaines personnes, notables et bien-pensants, préfèrent encore envoyer de jeunes créatures de chez-eux chanter dans des concours télévisés merdiques en Québec. Évidemment, l'oeuvre révolutionnaire de Régis Brun reste à demi-secrète. Évidemment, il y a les habitants du Village-de-l'Église, qui se tapent bien fort sur le ventre et dans le dos en se félicitant de leurs institutions, journal, caisse populaire et village historique. Évidemment, ceux-ci rejettent et repoussent vers le Village d'En Bas les péchés et les vices qui pourraient (mais Dieu les garde!) les assaillir jusque dans leur sainte Péninsule. Évidemment, il y les imbéciles heureux, qui sont nés quelque part...





Mais ceci est un tout autre débat... Sur lequel, je reviendrai, malheureusement, dans mon prochain, et dernier, billet sur les relations entre Jacques Ferron et l'Acadie.

samedi 21 janvier 2012

Plogue!!!


Mon chum André Bourgeois (cliquez sur son nom pour accéder à son site de distribution et de promotion) a été nommé finaliste dans la catégorie Musique pour le Gala Éloize qui se tiendra en mai prochain. Le titre du premier opus de ce André Bourgeois Quartet fait référence à une légende traditionnelle acadienne, mais les pièces elles-mêmes, qui puisent à des influences de jazz avant-garde et à l'univers «geek» des cartoons et des vidéo-games, suscitent une furieuse addiction à cette musique qui se veut une progression cathartique vers la pureté d'une eau de mai...


Eau de mai [odem] n.f. Eau obtenue à partir de la première neige tombée au mois de mai qui, selon la tradition populaire, a des pouvoirs curatifs.



Je vous invite à découvrir ou redécouvrir ce magnifique album, sous la forme du cd ou désormais par le site bandcamp. Lancé à Moncton et à Montréal, Eau de mai, fait donc une entrée en force sur la scène jazz actuelle. J'ai très hâte (pour vous autant que pour moi) d'entendre les prochains projets de ce jeune prodige du saxophone, qui maîtrise quatre langues, ce globe-trotter qui a visité une cinquantaine de pays, et qui vise l'obtention d'un doctorat dans les prochaines années.

Comprenez-vous (pour sa musique autant que pour sa tronche sur les photos) pourquoi je l'aime? :)



jeudi 19 janvier 2012

Le bon docteur Ferron 1 - Nom de pays : les noms




C'est avec éblouissement que l'on lit l'extraordinaire ouvrage Le contentieux de l'Acadie (publié chez VLB éditeur, au Québec, mais disponible à la bibliothèque municipale de Moncton) qui rassemble une beauté de textes (de reportages en préfaces, sans oublier les annexes tirées de son oeuvre vaste, ou d'ailleurs), écrits par un de mes écrivains préférés, le bon docteur Ferron.


Oh! Ça a passé proche de mal finir, cette histoire-là, entre Jacques Ferron et l'Acadie. Des malentendus, des mesquineries québécoises, des silences acadiens, des fulgurances et des virulences. Point trop de ces dernières, d'ailleurs. Une chance!


Le bon docteur Ferron viendra trois fois faire son tour au Nouveau-Brunswick, la première durant son service militaire, pleine de douce ironie et d'appétit pour les «Négresses et Sauvagesses» [sic] du village d'En-Bas, Devon, de l'autre côté du fleuve Saint-Jean, en face de Fredericton (la ville d'En-Haut), où le capitaine qui deviendra médecin, tâte des idées qui vont éclore plus tard dans ses historiettes, ses romans et ses contes d'un pays incertain. 


C'est lors de son second tour par chez nous qu'il est confronté à la réalité acadienne, aux réalités acadiennes. C'est en 1966. C'est trop tôt. C'est presque un rendez-vous manqué. Mais son roman : Les Roses sauvages, inspiré par les rues désertes et les policiers fascistes, par les pignons et les jolies maisons de bois du centre-ville (aujourd'hui en voie d'extinction) de Moncton, n'en remportera pas moins le prix France-Québec.


Un troisième voyage, de plaisance, l'amène à Shippagan en 1968, et un peu partout dans la Péninsule. Cette fois-ci, il a un peu peur de déranger, il se taira donc, mais n'en pensera pas moins. Il a sa petite idée, il a des idées nationalistes pour le Québec, mais il laissera désormais l'Acadie à sa «grosse besogne» (comme il dit). Il dit aussi : un invité se tait par politesse. 


Or, son intelligence d'exception lui permet déjà d'esquisser une carte du Nouveau-Brunswick bien à lui. La carte :

Il y a la Petite République (le Madawaska), fière et peuplée de Brayons magnifiques, qui basculerait du côté québécois si besoin (politique) était.

Il y a la Côte des Cayens (ainsi nomme-t-il et le Nord et le Nord-Est, puis toute la côte de Néguac jusqu'à Shédiac et Cap-Pelé, avec au «centre», comme un double eldorado dont il chérit la musicalité et la pureté de la langue, Bouctouche et Cocagne).

Quant au pays des Chiacs, qui est Moncton et ses environs, eh bein! encore faudrait-il que ces évanescents francophones cessent de «s'anglaiser», comme il dit. L'Université de Moncton lui apparaît comme une erreur géographique des Acadiens et une erreur stratégique des Anglais («Quoi! Vous les laissez s'instruire! You'll have to learn French, now!» dira-t-il à un chauffeur de taxi un peu mal-à-l'aise...)


Bien sûr, c'est une vision superficielle, ludique, littéraire et pour tout dire : québécoise, de la diversité acadienne et du réveil acadien des années soixante. Il est séparatiste, soit. Il ne croit pas à la survivance des minorités (minorité acadienne ou ukrainienne ou italienne... le Canada anglophone les bouffera, ultimement). Mais avec le temps... Ferron semble... s'adoucir. Ou s'instruire...


La relation complexe et très, très intéressante entre Ferron et l'Acadie du Nouveau-Brunswick recèle de curieuses incompréhensions mutuelles, réciproques... Et des pages très belles, où l'immense auteur chante les louanges d'une jeune auteure : Antonine Maillet!


Tant pour Jacques Ferron que pour ses amis Pierre Perreault et Michel Brault, leur volonté affichée de montrer aux Québécois l'incapacité, l'impossibilité pour les francophones de vivre au Canada (entendre : à l'extérieur du Québec), se verra au moins en partie contrecarrée par la réalité de l'Acadie. Et ces trois créateurs auront eu le mérite, en retour, d'être les témoins des transformations historiques de la société du Nouveau-Brunswick de leur époque.


Le prochain billet parlera de ce que Jacques Ferron a écrit à propos de La Mariecomo de Régis Brun, et vous allez voir, c'est awesome!!! 

lundi 16 janvier 2012

Bart Hess

J'ai une crush immense sur l'oeuvre de cet artiste. Une réflexion sur le corps, sur les couleurs et les mouvements, une musique ludique, bref : dérangeant et efficace. J'adore.

Ephémère from bart hess on Vimeo.

Echo from bart hess on Vimeo.

Grow on you from bart hess on Vimeo.

jeudi 12 janvier 2012

Angèle Angèle Angela

Les constellations sont des constructions arbitraires de l'esprit pré-scientifique.

Seulement moi, je ne suis pas un scientifique! et je passe beaucoup de temps le soir, la nuit, à observer le ciel, et à reconnaître des constellations. Mes préférées : Orion, les Pléiades, et la Voie Lactée (mais est-ce vraiment une constellation? vous voyez comme je ne suis pas un astronome!). Orion, surtout. Mon poète préféré, René Char, a composé de merveilleux poèmes sur Orion, figure à la fois mythologique du Chasseur, et métaphore du poète en tant qu'il s'inscrit dans un univers naturel rempli de forces mystérieuses, «mystiques».

Je ne sais pas comment écrire ce billet sans commettre plein d'erreurs (erreur sur la personne, faute de goût, maladresse). Trois prénoms qui résonnent dans ma tête comme des petites mélodies pleines d'images, de souvenirs, de tendresse. Et une idée, une peu weird, de les réunir par un trait invisible au firmament de mes idées.

Trois générations de femmes. Trois femmes dont le seul dénominateur commun, je crois, est de s'appeler : Angèle, Angèle et Angela. Et pourtant, je suppute une autre piste qui les relie sans qu'elles ne le sachent, et c'est une certaine façon que j'ai de les admirer. Ces trois femmes magnifiques sont les étoiles de ma ceinture d'Orion. Seule ma vision naïve, seul mon envie et certains processus cognitifs simples me font imaginer une telle chose!


«Éloquence d'Orion
(par René Char)


Tu te ronges d'appartenir à un peuple mangeur de chevaux, esprit et estomac mitoyens. Son bruit se perd dans les avoines rouges de l'événement dépouillé de son grain de pointe. Il te fut prêté de dire une fois à la belle, à la sourcilleuse distance les chants matinaux de la rébellion. Métal rallumé sans cesse de ton chagrin, ils me parvenaient humides d'inclémence et d'amour.


Et à présent si tu avais pouvoir de dire l'aromate de ton monde profond, tu rappellerais l'armoise. Appel au signe vaut défi. Tu t'établirais dans ta page, sur les bords d'un ruisseau, comme l'ambre gris sur le varech échoué; puis, la nuit montée, tu t'éloignerais des habitants insatisfaits, pour un oubli servant d'étoiles. Tu n'entendrais plus geindre tes souliers entrouverts.»




Dans le ciel de ma nuit acadienne, Angèle Cormier, Angèle Arsenault et Angela Bourgeois brillent de mille feux, brillent d'un feu différent mais étrangement apparenté. 

Une jeune artiste visuelle aux yeux mélancoliques comme une demoiselle hiératique, préraphaélite. -- J'aime ses yeux. J'aime son visage et l'expression de son visage quand elle sourit, quand elle réfléchit. J'aime ses oeuvres surtout. Et j'aime le hasard quand il me la fait connaître de loin, de loin en loin, dans les rues de la ville et de la vie. --

Une grande auteure compositeure interprète, qui sourit même quand elle a les bleus, même quand elle pleure. Une femme dont la voix sait tirer de moi des éclats de rire, des réflexions pertinentes sur les grandeurs et misères de la vie moderne (et de ses excès). J'aime son intelligence. Et sa générosité. --

Une grande dame âgée mais débordante de vie. Ma grand-mère d'adoption. Petite-nièce de Pascal Poirier, le premier sénateur acadien. Ses histoires de famille me ravissent et son espièglerie me fait littéralement fondre d'amour «filial». Pôle autour duquel s'articule, en l'absence du patriarche, excusé pour cause de disparition prématurée, une famille aux ramifications nombreuses, toutes plus belles les unes que les autres. Merci la vie, de m'avoir donné la chance de connaître de telles gens. --

Vos visages, vos voix, vos oeuvres flottent en permanence quelque part autour de moi, comme une brise qui ne cesse de m'inspirer de l'amour (le mot est trop simple pour la réelle complexité des émotions diverses qu'il recouvre, mais c'est bel et bien la seule façon de parler de vous).

Les métaphores et les approximations aléatoires s'emboîtent, simples comme des archétypes, comme des lieux communs. C'est voulu. C'est mon inconscient qui, en un sens, vous parle directement de ses structures bizarres, de ses raccourcis intimes, de ses rêveries incohérentes.

Étrange comment nous composons, au gré des rencontres, de faramineuses constellations intérieures! Je crois que cette étrangeté, inhérente aux extravagances de l'écriture et de la mémoire, ce réseau complexe d'analogies et de similitudes arbitraires, est une façon d'organiser les différents niveaux du réel, les différentes modalités de l'affection et de l'intersubjectivité.


--- Trois êtres stellaires qui m'auront, chacune à sa façon, un peu par hasard, intellectuellement stimulé et marqué. L'exercice ici conjoncturé à partir d'une simple homonymie ne me paraît pas vain. C'est à une de ces variations sur des expériences (rencontres, généalogies compliquées, coïncidences, arbitraire du mot et de ce qu'il désigne) que je me propose de vous faire découvrir, parfois, dans ce blogue. Expérimenter en poésie, c'est faire ce type d'amalgame presque impossible. Et ma vie, en Acadie, est un poème.

mardi 10 janvier 2012

Lettre à celle qui fut là

Guy Gautreau présentant des fleurs à Sylvie Mazerolle après une performance de celle-ci à la galerie de celui-là, devant des oeuvres de Maryse Arsenault exposées pour l'occasion (Festival Parlure d'icitte de Memramcook). Crédit : E. Chapados


 Lettre à celle qui fut là


Ma chère amie!!! Je suis (toujours) dévasté par l'annonce des gens qui partent. Je suis profondément conservateur... en ce sens précis que je n'ai jamais désiré que les choses changeassent, que les gens partissent, que mes endroits de prédilection disparussent... Mais : «Ainsi va le train du monde, et je n'ai que du bien à en dire.» (Saint-John Perse)

Mieux : je ressens très fort les bouleversements : de l'intérieur. Je suis : sensible à ce qu'on appelait (mais appelle-t-on ça encore, je ne sais plus) : l'Histoire. La petite, davantage que la grande, en l'occurrence. Je ne crois pas être plus à ma place ailleurs qu'à Moncton, en ce sens. En ce sens précis que j'y suis sans cesse confronté à l'éphémère. Il y a un enseignement, pour moi, là-dedans. C'est presque : important.



Aussi, je suis dévasté de ton départ. C'est merveille que nos chemins se soient croisés. Et je crois, je crois en la magie des rencontres. Idée qui me taraude depuis que je suis (d'ailleurs presque à la fin) plongé dans le dernier Houellebecq : j'aurais pu écrire cette Carte et le territoire. Mais évidemment, de mon point de vue (point de vie) qui est la douceur, la légèreté des rencontres, des amitiés, et la joie, la joie : franciscaine que je ressens par bouffées stupéfiantes (versant pur, lumineux, qui complète, au sens éminemment taoïste, l'autre versant, ou plutôt la vallée, sombre, moite, engourdie et terrifiante, de ma personnalité -- comme tout le monde?).

J'aurais pu écrire ce bouquin, parce que je sais que des jours plus durs vont venir, et que dans ma souffrance d'être incessamment confronté à cette vérité, j'aurai la cruauté d'aller au bout de la nuit, la nuit qui s'étend toujours, à la fin, brutale, inexorable, sur les meilleur.e.s, les meilleures intentions, les meilleures relations, les plus belles situations. Ingeborg Bachmann, tout à fait comme Edith Stein et Simone Weil, ont une vocation à l'anéantissement que je ne refuse pas non plus. Écoute cette voix, destinée à se consumer :



Je commence à peine à me remettre de plusieurs années d'inactivité artistique. Je commence à peine à me sentir prêt, à me sentir happé, appelé. Il faut probablement beaucoup de souffrance et de déchirement, de départs et de destructions, pour faire l'expérience de la pure superficialité du monde, et ainsi lui opposer le travail de l'art. Je ne sais pas... Mais ce que je sais, c'est que je resterai encore un peu à Moncton, j'y serai aussi avide de comprendre cette «arène», où les choses continuent de m'exalter.

Je voudrais, avant de finir cette lettre, te partager un poème en diptyque que je viens d'écrire, il y quelques jours à peine. C'est presque un mauvais poème. Tu seras la première à le lire, si tu as le temps. Mais c'est déjà un projet : aller au bout de mon expérience d'ICI, sachant que je serai de plus en plus seul, de plus en plus nostalgique, et de plus en plus inspiré.

Bien à toi,
Bast xx


IMITATIO

«La Vie imite l'art.» C'est vérité vraie que j'écris là! (C'est si vrai, que ça porte un autre nom : évidence, ou mieux : lapalissade.)

La Vie imite l'Art quand les grosses boules de pétales blancs, dans le sépia du crépuscule biffé de motifs répétitifs, moucheté de lueurs rougeâtres, et moiré, et comme glacé, ressemblent soudain, dans l'atroce cri du faisan, comme deux gouttes d'une même bagosse, aux tableaux de Maryse Arsenault.

La Vie imite l'Art quand la chorégraphie des passants, sur la rue Alma au coin de la Queen, quand ma propre déambulation incantatoire, au point extrême d’étirement ou d'exclamation brutale de joies sans raison, pure Vie en mouvement, ne fait plus penser à autre chose qu'à l'oeuvre savamment mesurée-démesurée, à l'envi, ô tension, ô pulsation sensorielle, ô déséquilibre, de Sylvie Mazerolle.

La Vie imite l'Art, peut-être surtout, quand ce que j'expérimente en tout sens, mes intimes et publics états de participation, quand la seule façon de comprendre ce qui m’arrive, semble irrépressiblement avoir été orchestré, rythmé, libation et oblation, par la parole sacrée païenne posthume, de Gérald Leblanc.

Ma vie à Moncton imite d'ailleurs tant tellement son Mantra, que je ne sais plus si je suis le lecteur ému de mon double tôt disparu, ou si je ne suis pas plutôt le personnage un peu plat d'un nouveau texte qu'il prépare, en cours de rédaction, et que s'il a inventé son propre décès au début du premier chapitre, au fond, la vérité : c'est qu'il est vivant, et moi, fictif.

10 décembre 2011






Suite à IMITATIO

Or, est-il possible de faire plus ressemblant à une oeuvre d'André Lapointe que cet arbre qui jouxte l'entrée du centre Aberdeen, qui en caresse la façade de briques, et dont les branches effeuillées portent encore (un 9 décembre!) de belles et innombrables pommettes bien brunies par les intempéries, rembrunies (mais bien portantes), comme si l'artiste, gratuitement, comme il sait si bien le faire, comme par nécessité, avait décoré quelque tilleul esseulé de ternes rameaux de pin et de luisantes pommes rouges.

(Tous ceux à qui je demande, quiconque connaît un tant soit peu l'oeuvre, acquiesce avec étonnement : soudain, leur regard embué de quotidienne myopie fonctionnelle, se dessille.)

Je médite à cette transfiguration esthétique, à ce moment, où l'indistinct se révèle dans sa vérité d'imitation d'une oeuvre artistique, humaine, et en marchant sur la Dufferin, je me questionne : comment est-ce possible qu'une grande bande irrégulière de points de couture déchire le ciel, en rapièce et en soude les bleus, les blancs et les ors, en sorte que les lois physiques les plus élémentaires puissent être aussi aisément bafouées, juxtaposition impossible (mais plausible) de différents matériaux, de différentes techniques (collage, peinture, tissage, etc.), et de différentes époques superposées (vieilles machines alambiquées, ô treuil! ô enluminures excisées, et tous ces visages anonymes, toutes ces vieilles gravures tirées d'on ne sait quelle encyclopédie...), sinon dans l'esprit de Guy Gautreau, en son atelier de Memramcook?


Je me rends compte, avec stupéfaction, que je pourrais continuer ainsi INDÉFINIMENT. Non seulement la Vie imite l'Art, mais la vie imite (décuple et démultiplie, rassemble et ressemble, enfin : réactualise sans cesse) mon poème, le poème intitulé, comme un aveu final : IMITATIO.





lundi 9 janvier 2012

Les étoiles (dans les yeux)

Pour Noël, j'ai reçu en cadeau une oeuvre de Maryse Arsenault : «La Mariecomo et ses nièces» (2007). Personne ne peut imaginer comment j'en suis resté ébaubi, ébloui, ému! C'était comme un condensé d'une partie importante de ce qui m'attache à ma vie actuelle dans les Maritimes. Ou plus précisément : Une constellation de liens entre des personnes et des histoires. Qui donne du sens à ce que je vis, et qui m'oriente dans l'existence. (Et c'est le rôle même de l'art qui trouve ici, dans le petit récit d'une grande passion, sa véritable nature.)


So ça commence avec ma rencontre avec des Acadiens à Montréal. Dont mon amour. Et d'où mon amour. Bref. J'ai tout quitté pour m'installer le plus près possible du peuple acadien, peuple sans pays, issu d'une présence française périphérique dans l'est de l'Amérique du Nord, etc. J'ai plongé (tête première, évidemment, «avec pas de casque») dans cette culture mouvante et émouvante, vague et maritime, riche et prolétaire. Une culture populaire somehow folklorisée par certains (promoteurs industriels et vendeurs de cartes postales), dénigrée par d'autres (hein, M. le Consul?), mise sur la carte de la Francophonie mondiale par Mme Antonine Maillet avec son prix Goncourt. Mais il existe une autre oeuvre qui, pour avoir été lue par Jacques Ferron et comparée par lui avec cette dernière, se situe un peu de biais, ou de travers, par rapport Pélagie-la-Charrette.

Écrit par l'historien Régis Brun, le roman La Mariecomo présente une vision plus «underground» de la vie acadienne traditionnelle. Plutôt que de remonter sur l'empremier et de montrer le courage des familles (pieuses et laborieuses, amen) issues de la Déportation, Régis Brun montre l'envers du décors : des laissés-pour-compte, des «taoueilles» et des «Indjens», des sorciers et des libres-penseurs, qui se réunissent un soir pour célébrer un mariage (pas catholique pour un sou, il va sans dire). De petites gens méprisées et en marge de la Renaissance acadienne, dont le dénominateur commun est une vieille matriarche qui leur a laissé son nom : les Borgittes (déformation du prénom Brigitte). Et qui, ce soir-là, reçoivent de la grande visite, la Mariecomo, une femme qui possèderait d'authentiques pouvoirs magiques, de par sa fréquentation des sorciers de la Côte (entre Richibouctou et Cap-Pelé) et des Premières Nations (qu'on évite ordinairement, qu'on craint, et qui porte le nom péjoratif d'Indjens). Mais la Mariecomo se fait vieille, elle est fatiguée de ses pérégrinations incessantes, et elle va, semble-t-il, demeurer sur les Borgittes. Le tout magnifiquement écrit dans la langue vive et éblouissante de Régis Brun, qui tente de rester au plus près du parler populaire.


Or la Mariecomo, de toute littéraire qu'elle soit dans l'oeuvre de Brun, a déjà existé, dans la seconde moitié du 19e siècle, décédée probablement dans les premières années du 20e. Brun est un historien. Il s'est inspiré de se qu'il connaissait : contes et légendes transmis par les «vieux», documents de paroisses ou privés, etc. Et c'est en fait un des éléments qui frappe immédiatement l'oeil, pour qui a lu la Mariecomo, en observant l'oeuvre de Maryse Arsenault. La jeune artiste se réapproprie la figure tutélaire de la marginalité, lui donne un visage plus simple, plus vrai, de vieille femme entourée de ses nièces, et démolit le mythe de la «taoueille» (cette insulte dans la bouche de la bonne société de l'époque) pour mieux exalter l'individualité, la femme libre et aimée. Une vieille image à demi esquissée, à demi effacée, comme on en trouve, anonyme, dans tous les albums de famille. Mais justement : c'est cette précision «réaliste», liée au caractère légendaire du nom que porte l'oeuvre, qui rend celle-ci tellement émouvante et forte.

La proximité des nièces avec la sorcière (on dirait une simple mémére acadienne) montre un lien générationnel, une métaphore de transmission, qui rappelle celle qui lie Maryse Arsenault avec son passé, sa culture d'Acadienne. Fille d'un des plus grands poètes défricheurs des années 60-70, Guy Arsenault, (qu'on voit à gauche sur la photo suivante en compagnie de Régis Brun, assis, de Gérald Leblanc à droite, et de Laurent Comeau au centre), Maryse questionne continuellement, par l'emploi de matériaux hétéroclites, de vieilles photographies, de méthodes et de techniques différentes, le rapport intime que l'on entretient avec le passé. Avec des symboles récurrents : oiseaux, fleurs, motifs de papier peint, enfants, chevaux... Des choses simples. Simples comme des archétypes. Comme des universaux. D'une oeuvre à l'autre, ludique et appliquée, elle fait varier les mêmes images comme un kaléidoscope, couleurs, lumière, tantôt sur panneaux de bois, tantôt sur canevas, et même sur n'importe quoi, napperon de restaurant, vitres, vieux cadres... Les technologies de différentes époques, dont la nôtre, PhotoShop et daguerréotypes, sont mises à contribution pour former une histoire familiale ou personnelle fragmentée, fracturée, fractionnée ou recomposée, dont l'universalité, au final, témoigne de la réussite esthétique.  




Or, voici qu'une coïncidence significative dans mon choix de venir m'installer à Moncton vient s'ajouter à ces liens.

En vacances l'été, c'est pendant un repas dans un restaurant de type méditerranéen sur la Main que j'ai pris la décision de tenter ma chance en Acadie. Ce que je ne savais pas à l'époque, et que j'ai figuré out par après, c'est que le serveur, à ce moment-là, et qui allait devenir un ami, était un jeune peintre originaire de Cap-Pelé (la patrie des Borgittes), Mario Rhéal Landry. Quelques mois plus tard, alors que j'étais barista dans un café de Moncton, je l'ai reconnu et lui ai dit à quel point je trouvais cocasse de le servir à mon tour! Étrangement, il me reconnut (ou du moins, c'est ce qu'il me dit à ce moment-là). Il se souvenait d'un Québécois attablé avec deux Acadiens, il se souvenait d'avoir écouté avec intérêt nos conversations enjouées, vives et intenses. Bref. Il m'invita du coup à venir assister à son prochain vernissage. Et mon exaltation n'en fut que plus grande quand je me rendis compte que ses oeuvres, parfois confuses et inquiétantes, souvent dépouillées, originales, trouvaient en partie leur inspiration dans la Mariecomo! Les Borgittes y trouvaient tous et toutes, sous des arbres gigantesques, des maisons à leur nom.


J'étais ébranlé par les liens qui se tissaient entre les gens, les oeuvres, mes décisions et moi. Entre l'Acadie et moi. Je le suis encore (mais de manière strictement positive).

Je crois en ces liens.

Il y en a d'autres.

C'est tout un ciel, plein de ces constellations, que je contemple avec amour.

Comme le ciel de Cap-Pelé, quand le soleil commence à rosir dans le crépuscule estival, sur la plage de l'Aboiteau, la plus belle (ou au moins à égalité avec la dune à Robichaud), là où j'ai enterré une partie de mon tchoeur, pour qu'il y batte à l'année longue, entre des cotchilles de mouques, sous le sable parfaitement fin et chaud.



samedi 7 janvier 2012

Back on track

On repart?

Un an plus tard, je ressens le besoin de recommencer. Sans effacer. Juste continuer. Assumer. Et écrire.

La vie est trop courte.


« Voici le temps où mon sang bout, voici le temps de faire quelque chose. Il faut se presser, l'âge avance. Il n'y a pas un moment à perdre. » (Voltaire)


Hue, cocotte!